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Juin 24

Lecture commentée-For your tomorrow

For Your Tomorrow: The Way of an Unlikely Soldier
Melanie Murray
ISBN: 978-0307359780
(Cliquer sur l »image pour en faire l’acquisition)

(Note : Par désir de respecter le plein sens des citations empruntées au livre, ces dernières seront citées dans leur langue originale soit l’anglais.)

De façon inattendue, j’ai récemment reçu un courriel à travers ceux que Google Alert me fait parvenir au sujet de mon employeur (Air Canada), qui m’informait d’un nouvel article du journal Ottawa Citizen faisant la critique littéraire d’un livre du nom de « For your tomorrow : The way of an unlikely soldier ». À priori, étant toujours membre des Forces Canadiennes, je me sentais déjà interpelé par le titre. Toutefois, curieux de comprendre comment un tel courriel ait pu m’être parvenu, et quel lien il pouvait y avoir avec Air Canada, je décidai d’en prendre connaissance. C’est alors que je compris qu’il s’agissait d’un livre traitant de la vie du Capitaine d’artillerie du nom de Jeff Francis qui, jusqu’à son décès, était en relation de couple avec Sylvie Secours, une directrice de bord (agent de bord en chef) chez Air Canada et avec qui j’ai eu le plaisir d’effectué quelques envolées.

Pourquoi donc avoir entrepris de le lire? Était-ce par simple curiosité? Serait-il possible, à mon grand désarroi, que ce soit par voyeurisme? Heureusement, j’ai vite réalisé que ce qui animait mon désir avant tout s’était que cette lecture s’inscrivait dans ma démarche philosophique visant à mieux comprendre l’Homme dans sa quête à vouloir donner sens à sa vie. C’est donc ce titre de « unlikely soldier » (improbable soldat) qui m’interpelait autant. Par surcroit, n’étant pas un ami intime de Sylvie, cette lecture me permettrait peut-être d’en apprendre un peu plus sur ce qui s’est passé et ainsi pouvoir, à ma façon, partager son deuil.

Alors, comment donc expliquer que cet homme ait décidé de se joindre aux Forces Canadiennes à l’âge tardif de presque 31 ans? Ayant obtenu une maitrise en Arts – Études Canadiennes et se dirigeant vers son doctorat en sociologie ne se destinait-il pas vers un bel avenir d’académicien?

En effet, il semble pourtant bien que Jeff ait été enivré un temps par le mirage créé par les académiciens de notre système d’éducation supérieure et par lequel on nous fait miroiter que l’ultime voie de la réussite passe par les succès universitaires. Quoi de plus naturel donc pour lui, après avoir obtenu sa maitrise, que de tenter de se faire accepter au doctorat! L’auteure nous fait un clin d’œil quant à cette période lorsqu’elle commente le choix de Jeff de s’inscrire au doctorat en écrivant avec un léger sarcasme : « Those adult decisions about career path can be postponed for a few more years ».

Toutefois, un doute semble s’installer alors que, tel qu’il nous l’est rapporté par une bonne copine d’université du nom de Joselyn Morley, Jeff aurait dit: « I thought the Ph.D. might give me a clearer sense of direction, but I still don’t know what I want to be when I grow up. »

Or, à la lecture du récit que fait l’auteur de la vie de Jeff, j’ai donc ressenti qu’un certain inconfort sans cesse grandissant l’habitait au fur et à mesure qu’il avançait dans cette avenue de la réussite. La vie qu’il était à se construire semblait ne pas l’emmener où il voulait aller puisqu’incertain de toute façon de la destiné qui se devait être sienne. L’auteure le cite même ainsi: « “Well, here at the higher echelons of the ivory tower,” he says, rolling his eyes, “I’m finding an even greater gap between academia and the real world. A lot of the so-called knowledge that’s being created seems irrelevant.” »

Donc, un moment charnière dans son parcours semble avoir été sa rencontre avec un moine bouddhiste du nom de Bhanti Korida. Ce dernier qui, comme Jeff, avait été pris dans l’engrenage du modèle de la réussite universitaire avait déjà été inscrit au programme de maitrise en biochimie. « “In university, I had this crazy restless mind,” Bhanti laughs. “ I was always worried about not achieving, about not having enough time. I had terrible anxiety about having to get a master’s degree by the time I was twenty-five, then having to get a Ph.D. in biochemistry. I was caught in this trap of fear and thinking. I did not know how to get out. So I decided to try to quiet my mind by taking meditation classes at the Buddhist temple. And here I am … ten years later.” »

Au moyen de l’extrait suivant, il nous est donc possible d’apprécier de quelle façon Jeff aurait pu être inspiré par les propos de Bhanti: « “Tonight, and for the next four weeks, we will talk about what freedom really means, and if it is possible to be free in this complex society. We have a lot of knowledge—libraries full of books, many people with Ph.D.s or even two Ph.D.s. We may be very learned and intellectually sophisticated, but unless we understand ourselves, our minds will always be in conflict and we will never be free.” A jolt of energy vibrates up Jeff’s spine as the sonorous accented voice resonates in the room. “We will see that freedom means understanding the self, understanding the nature of thinking, and the nature of time. This is the journey of self-knowledge. ” »

C’est donc ce parcours de la connaissance de soi (journey of self-knowledge) que Jeff a entrepris qui le fit faire volte-face pour ainsi interrompre son doctorat afin de faire carrière dans l’infanterie. Cette décision peut nous paraître irrationnelle à priori, puisqu’on l’aborde avec la partie consciente de notre cerveau, celle qui est assujettie au conditionnement qu’en a fait notre société. Toutefois, voilà toute la problématique, car, tel que plusieurs s’entendent à le dire, le vrai « moi » réside dans notre subconscient et non dans notre conscient. Cette partie subconsciente étant souvent référée comme étant notre âme (soul en anglais), voici donc de quelle façon l’auteur cite le psychologue James Hollis: « The soul has a code. The larger life is the soul’s agenda, not that of our parents or our culture, or even of our conscious will. The agenda of the soul will not be denied though it may be repressed. » C’est ce qui explique que, malgré le fait que Jeff avait pris toutes les décisions logiques qui s’imposaient quant à sa progression universitaire, il n’y avait jamais trouvé réconfort puisque ne répondant pas aux attentes réelles qui l’habitaient dans son for intérieur et donc dans son subconscient. C’est donc ainsi que je m’explique que cet homme devenu père quelques mois avant son départ en Afghanistan ait pu aller jusqu’au bout de sa quête de soi, même si celle-ci le mena au destin fatidique que l’on connait.

Comme je le mentionne souvent, « il importe bien plus d’accomplir quelque chose qui donne sens à sa vie, même si l’on doit y travailler d’arrache-pied, que de faire quelque chose simplement parce qu’on y excelle ». Quoique Jeff ait peut-être été excellent en tant qu’académicien, n’importe, il a choisi le parcours qui a enfin donné tout son sens à sa vie, et ce, malgré les risques et périls qu’il comportait. Donc, puisqu’il importe à tout être de donner un sens à son existence (voir un des mes articles précédant à ce sujet), il semble donc bien que c’est ce que Jeff avait décidé de faire en se refusant d’emprunter de la route qui lui semblait pourtant toute tracée. Se doutait-il que sa quête de sens se culminerait par son décès en Afghanistan? Surement pas, mais il m’apparait néanmoins que la nécessité de donner sens à sa vie était donc plus forte que toutes craintes qui auraient pu l’habiter quant aux dangers que comportaient ces choix. On peut donc trouver du réconfort en pensant que cette réorientation de carrière lui a à tout le moins, apporté la paix et la sérénité qu’il recherchait. Sa nouvelle vie répondait enfin à ces aspirations instinctives et intuitives les plus profondes.

Alors que l’auteure était en route vers Halifax pour prendre part aux obsèques de Jeff, qui plus est son neveu, elle nous livre une pensée qui somme toute, concorde avec l’idée que je me fais de l’impératif qu’avais Jeff à emprunter le parcours qu’il a pris. « I gleaned mythical underpinnings: abandoning his Ph.D. and becoming a soldier culminated a lifelong search for purpose, his quest and his destiny. »Elle termine en disant: « Perhaps his death wasn’t random or senseless—“a bit of bad luck,” as his commanding officer phrased it. I hope that this story of Jeff’s life—the hero’s journey—will provide some sustenance for our family. » C’est ainsi que de mieux comprendre le cheminement de Jeff nous permet de mieux accepter son décès sachant qu’il a donné plein sens à vie. Comme l’a mentionné l’officier commandant de Jeff, sa mort n’est peut-être ni un hasard, ni vide de sens.

Enfin, je vous recommande la lecture de ce livre puisqu’il humanise avec brio la difficile réalité, voire même la tourmente à laquelle font face les familles de nos militaires canadiens en Afghanistan. Par-dessus tout, je recommande sa lecture à quiconque cherche à donner sens à sa vie, surtout si elle fait face à des choix qui puissent lui sembler irrationnels. La quête de Jeff, quoiqu’elle se soit soldée de façon tragique et prématurée, n’en est pas moins inspirante.

À noter : vous pouvez vous procurer le livre sur le site de « La tribu chez amazon.ca » en cliquant sur la photo couverture ci-dessus. Bonne lecture.

© 2011 – 2013, Jacques Dufort. Tous droits réservés.

(4 commentaires)

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  1. Katia Canciani

    Très bel article. Merci Jacques.

    « Partirait-on si l’on savait ? J’ose croire que non, mais rien n’est moins sûr. Il est des appels auxquels il est difficile de résister. » Lettre à Saint-Exupéry

    1. Jacques Dufort

      Je suis heureux que tu aies apprécié mon article. Venant de l’écrivaine que tu es devenue, ça me fait chaud au cœur. Et dire que j’ai lu ton livre « Lettre à St-Exupéry » il y a quelques mois et que je ne me rappelais pas ce passage. Enfin, je croix qu’il soit heureux que nous ne sachions pas qu’elle est notre destinée, car c’est ce qui nous permet d’espérer, d’être visionneur voire même d’être créateur, autrement il n’y aurait plus d’imaginaire, plus d’idéal? Qu’en penses-tu?

    2. Chantal Ouellette

      Bien dit Katia et Jacques.
      Il est vrai qu’il est difficile de savoir ce que nous ferions si nous savions déjà… d’une façon ou l’autre je crois que nous savons au plus profond de nous même que nous finirons tous par partir. Faisons nous tous nos choix en le prenant en considération? Je ne crois pas.

      Ton article a piqué ma curiosité Jacques. Peut être trouverais-je dans ce livre une meilleure compréhension du choix de vie d’un militaire. Même si j’ai vécu avec la réalité militaire je n’ai jamais vraiment compris ce qui pourrait motiver ce choix de vie.

      1. Jacques Dufort

        Je t’encourage fortement à le lire. Quoiqu’il ne se transpose peut-être pas directement à ton vécu, tu pourrais tout de même t’y retrouver dans certaines brides. Je te le prêterai donc avec grand plaisir. Bonne lecture…

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