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Avr 10

Communications harmonieuses, une responsabilité parentale

Une idée originale de Katherine Dufort (fille)
Collaborateur à la révision, Alexandre Dufort (fils)

Au cours de discussions qu’a eues ma fille avec des copines de travail, il semble qu’elle a pris conscience que certaines de leurs relations familiales n’étaient pas aussi harmonieuses que celle que nous entretenons. Or, que de ravissement lorsque par la suite, elle me suggéra d’écrire un article sur notre réussite à communiquer avec nos deux enfants et qui perdure alors qu’ils ont maintenant atteint l’âge adulte! Serait-ce donc que tout comme moi, elle réalise à quel point nous sommes choyés de pouvoir communiquer avec autant d’aisance et de franchise qu’on le fait?

Dès leur tout jeune âge, ma femme et moi avons tenté, aussi souvent qu’il nous était possible, de communiquer avec nos enfants. Nous allâmes jusqu’à décréter les soupers du dimanche comme sacro-saint alors que, plutôt que de prendre le repas à la cuisine, nous le prenions à la salle à manger, façon d’indiquer que ce soir-là on se donnerait le temps nécessaire pour faire le point et ainsi en savoir un peu plus sur ce qui se passait dans la vie de chacun. Et c’est ce que, la plupart du temps, nous avons réussi à accomplir, surtout durant l’adolescence, période si critique dans la vie de tout jeune. En nous montrant intéressés, nous avons évité le désengagement, cette forme de déloyauté la plus susceptible de corroder les liens de confiances aux dires de l’auteure Brene Brown :

« …the form of betrayal that emerged most frequently from my research and that was the most dangerous in terms of corroding the trust connection, I would say disengagement [… ]
With children, actions speak louder than words. When we stop requesting invitations into their lives by asking about their day, asking them to tell us about their favorite songs, wondering how their friends are doing, then children feel pain and fear (and not relief, despite how our teenagers may act). Because they can’t articulate how they feel about our disengagement when we stop making an effort with them, they show us by acting out, thinking, This will get their attention. »[1]

Toutefois, malgré l’établissement de cette pratique familiale, celle-ci ne peut à elle seule expliquer que deux jeunes adultes maintenant âgés de 21 ans et 23 ans respectivement éprouvent toujours un plaisir, voir peut-être même un désir, à discuter aussi fréquemment et avec autant de candeur avec leurs parents qu’ils le font.

Ainsi, à la suite de la réflexion que le propos de ma fille a suscitée, voici donc les grandes lignes des éléments qui selon moi ont contribué à nos succès.

1-      Le Respect à tout prix — Le respect qu’on a su démontrer envers nos enfants en évitant de les infantiliser, en n’ignorant pas leurs histoires qui, bien qu’elles aient parfois pu nous paraitre enfantines, mais si importantes à leurs yeux, leur a permit de se confier en toute quiétude. Ce respect a permis d’établir un lien de confiance, car en se sachant respectés, ils ont su nous faire part de leurs opinions, de leurs quotidiens, de leurs réalités. De plus, nous avons essayé, autant qu’il nous était possible, de respecter leur droit au libre-choix; dans la mesure naturellement où ce dernier se faisait à l’intérieur de balise que l’on jugeait acceptable. Voilà donc deux exemples parmi tant d’autres du respect à tout prix dont on a su faire preuve.

2-      L’honnêteté d’une opinion — Nous avons su leur fournir une écoute attentive, mais plus encore, nous avons su leur faire part de nos opinions, nos craintes, nos constats sans toutefois être directifs. Le plus difficile sera toujours d’offrir des réponses et de suggérer des marches à suivre seulement lorsqu’elles sont sollicitées ou à défaut, lorsqu’on sent qu’elles seront bien accueillies. Ultimement, la prémisse a toujours été qu’on ne désirait pas qu’un jour on nous reproche : « Si tu m’aimes autant, pourquoi ne pas me l’avoir dit? ». L’amour parental nous oblige donc à leur faire part de nos inquiétudes; tout est dans la façon de le faire.

3-      L’influence sans l’ingérence — Il faut donc accepter le fait que, quels que soient les conseils qu’on leur aura prodigués, la décision ultime leur appartient. Même si en définitive leur décision s’avérait avoir été mauvaise, il faut reconnaitre que la résultante fait partie de leur apprentissage, et que toutes ces décisions prises par eux, qu’elles soient bonnes ou mauvaises, façonnent leur être en devenir; mais surtout, il ne faut jamais se servir de la phrase assassine : « Je te l’avais dit n’est-ce pas? » Avez-vous si grand besoin de reconnaissance? N’avez-vous pas, vous aussi, déjà fait des erreurs qui vous ont permis de grandir?

4-      Être amis sans l’être (la responsabilité parentale avant tout) — Ultimement, il importe de ne pas devenir qu’amis, car chemin faisant ce serait d’abdiquer à sa responsabilité parentale. Il importe donc d’établir un rapprochement de nature amicale au fur et à mesure que nos enfants vieillissent certes, mais ce dernier ne peut se faire à l’encontre des obligations qui vous incombent en rapport à votre rôle parental. Et ce, tout au long de notre vivant, quel que soit l’âge que nous atteignions. Tout enfant a besoin d’un point d’ancrage, d’un point de référence, et une relation qui ne serait qu’amicale entre vous et vos enfants, ne leur permets pas d’avoir ces repères pourtant si essentiels.

Enfin, ma femme et moi ne prétendons pas avoir été parfaits en tout. Mais avec ce recul que ma fille m’a amené à faire, ça m’a permis de réaliser à quel point notre façon d’aborder certaines étapes charnières de la vie de nos deux enfants a permis à ce qu’ils puissent déployer leurs ailes dans une relative sécurité. L’établissement de cet environnement propice au dialogue fait en sorte qu’à ce jour, conscient que nous serons toujours là pour eux, nous éprouvons toujours un immense plaisir à se côtoyer.

Je vous laisse avec cette pensée :

« Quoiqu’il arrive, ne jugez pas vos enfants, mais accompagnez les du mieux que vous le pouvez.
C’est souvent bien moins d’un sermon dont ils ont besoin que d’une oreille attentive et
d’une opinion sage et éclairée. »
Jacques Dufort

 

Notes de bas de page    (↵ returns to text)

  1. Brene Brown, Daring Greatly : How the Courage to Be Vulnerable Transforms the Way We Live, Love, Parent, and Lead, 1st edition, Gotham Books; Penguin Group USA, 11 september 2012, page 52.

© 2014, Jacques Dufort. Tous droits réservés.

(4 commentaires)

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  1. Chantal Ouellette

    Que tes propos aient été relus et approuvés par tes enfants, Katherine et Alexandre, leur ajoute du poids. J’ai presque été tentée de me dire que tu prêchais pour ta paroisse, mais en me rappelant qu’ils avaient donnés leurs approbations à ce texte, je n’ai pu que me dire Wow! Félicitations! Les théories que l’on lit s’avèrent vraies!

    1. Jacques Dufort

      Plus encore, comme je l’ai dit d’emblée, c’est même Katherine qui en avait eu l’idée. Quel beau velours ça fait à des parents de savoir que leurs enfants apprécient l’approche que nous avons privilégiée aux fils des ans, même si elle n’a pas été parfaite! À tout le moins, on aura contribué à faire d’eux de jeunes adultes responsables et surtout communicatifs plutôt que reclus sur eux-mêmes. J’ose espérer que ce bref article saura être inspirant pour d’autres parents. Enfin, un gros merci pour ton commentaire, c’est grandement apprécié.

      1. Christine Simard

        En approuvant le texte, Katherine et Alexandre viennent vous dire merci. Bravo à toi et Elaine – job well done mes chers amis 🙂

        1. Jacques Dufort

          Vous aussi Christine vous avez de quoi être fiers, car, si je me fis à la candeur des discussions qu’Élaine et moi avons eues avec Mathieu, il me semble très à l’aise de communiquer ses états d’âme en toute quiétude. Alors Bravo à vous deux! Je serais ravi si cet article pouvait inspirer autrui.

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