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Juil 05

Ma retraite des Forces Canadiennes – 1 Mai 2014

Eh bien, je peux vous dire qu’il est bien plus facile de décider de se joindre à un organisme qu’il est de le quitter. De savoir quand quitter, de reconnaitre lorsque le temps est venu pour vous de passer à autre chose peut être ardue et même inquiétant. Mais en même temps, ça peut faire chaud au cœur puisque cette démarche de réflexion vous permet de passer en revue toutes ces belles années, de vous remémorer toutes les amitiés tissées, de ressasser tous ces souvenirs qui sont vôtres à jamais. Ma décision de quitter les Forces canadiennes m’a donc amené à faire ce ressassement et c’est ainsi qu’en scrutant mon passé, j’ai réalisé qu’en fin de compte, mon parcours militaire aura été bien loin de ce que j’aurais pu imaginer. Je dis « aurais pu » puisqu’en réalité, je n’avais pas vraiment idée où tout cela me mènerait, n’ayant aucune aspiration de carrière préconçue, autrement que de devenir le premier Chef d’état-major Réservistes, quoique ce rêve n’est apparu que beaucoup plus tard. [1]

C’est ainsi qu’en tout et pour tout, j’aurai passé plus de 27 ans en uniforme la plupart de celle-ci au sein de l’escadron 424, ce dont je suis très fier. Si vous me permettez de me considérer comme membre de l’escadron malgré le fait que j’occupai les fonctions d’assistant exécutif auprès du dernier Commandant du groupe de transport aérien pendant deux ans, alors que j’ai tout de même maintenu ma qualification de pilote d’Hercules occasionnel (augmentee), alors, ça me fait 21 ans au sein de l’escadron. Autrement, ça fait quand même 17 années de service continu depuis le début de ma seconde affectation au sein de l’escadron à l’été de 1997.

Aux fils des ans, j’aurai donc travaillé sous la gouverne de onze officiers commandants. Certains de ces noms rappelleront des souvenirs aux plus vieux dans l’auditoire :

1-      Jeff MacDonald  (1993-1994)

2-      Brad Gibbons (1994-1996)

3-      Randy Perrett  (1996-1998)

4-      Peter McKeage  (1998-2000)

5-      Luc Bouchard  (2000-2002)

6-      Michel Lalumière  (2002-2004)

7-      Russ Konyck  (2004-2006)

8-      Chuck Collins  (2006-2008)

9-      Tom Dunne  (2008-2010)

10-   Joel Roy  (2010-2012)

11-   Jean Bernier (2012-2014)

Et j’ai su qu’il était temps pour moi de partir lorsque la personne qui fut jadis mon adjoint lorsque j’étais officier aux opérations de l’escadron est maintenant notre officier commandant. Je serais inquiet que le suivant soit tellement jeune que je prendrais un coup de vieux.

Alors, ne pas avoir eu d’aspiration spécifique de carrière explique peut-être pourquoi je n’ai aucun regret. Ultimement, j’estime avoir toujours été honnête à moi-même en ayant continuellement fait de mon mieux, en n’ayant jamais aspiré à obtenir quelque honneur ou promotion que ce soit, mais en y trouvant simplement le réconfort d’un travail bien accompli. C’est toutefois, cette façon de faire qui a fait en sorte que j’ai été promu au grade de major après seulement que neuf années de service au sein des Forces Canadiennes. C’est ainsi que mes aspirations de carrières, si j’étais pour en avoir, ce vinrent vite confrontées de plein fouet par mes aspirations personnelles et familiales. C’est alors qu’en prenant conscience que nous ne sommes pas que ce « que l’on fait dans la vie », mais que nous sommes bien plus que ça, dans mon cas j’étais aussi un père, un mari, un leader communautaire, il m’a donc été aisé par la suite de ne pas me sentir coupable de ne pas poursuivre une carrière militaire.

Ainsi, aurais-je été un bon officier commandant? C’est une question qui demeurera sans réponse. Mais il y a une chose que je sais toutefois, et c’est qu’il m’aurait probablement été difficile d’être carriériste, nécessaire dans la plupart des cas si l’on veut gravir les échelons, puisqu’être carriériste veut souvent dire être plus loyal envers ces supérieurs et l’establishment que de l’être envers ces subordonnées; tout au contraire, de ce qu’un vrai leader se devrait-être à mon opinion, tout le contraire du comportement dont je pense avoir fait su preuve en tant que jeune major.

Alors, peut-être aurais-je pu faire une différence si j’étais resté dans les forces régulières et peut-être aurais-je pu faire une différence si j’avais été votre officier commandant qui sait? Mais quoi qu’il en soit, j’aime à penser que j’ai quand même eu un impact dans vos vies ne serait-ce que par le sourire que je vous ai fait arborer avec mon humour cocasse et parfois même osé lors des breffages matinaux ou mieux encore, en rendant vos jours radieux à l’aide de mes « mots de sagesse » qui, j’ose espérer, en auront inspirés certains.

Pour conclure : La vie se compose de plusieurs segments, certains plus long que d’autres, mais qui font tous partie d’un continuum à travers duquel nous grandissons, nous nous façonnons et nous transformons. C’est pourquoi je ne considère donc pas ma retraite des forces canadiennes comme n’étant ni un début ni une fin. C’est probablement pourquoi je ne suis point nostalgique.

Permettez-moi enfin de vous laisser sur mes tout derniers « mots de sagesses » concocter spécialement pour l’occasion :

 

« Sachez apprécier le moment présent sachant qu’il est éphémère.

Ne laissez pas la nostalgie vous accaparer puisqu’elle vous empêchera de le faire.

Ne regrettez pas les chemins non empruntés, car qui sait si vous en auriez préféré leurs parcours.

Appréciez toutes les rencontres fortuites que vous avez eues et qui ont fait de vous ce que vous êtes devenus.

Réjouissez-vous à toutes celles qui vous restent à faire.

Sachez passer à autre chose le moment venu. »

 

En définitive, vous ne serez probablement jamais aussi important que vous vous le prétendez à vous-même, mais vous ne le serez jamais moins que dans la façon dont les autres vous perçoivent. Je sais donc que personne n’est irremplaçable, eh oui pas même moi, mais j’espère qu’à tout le moins je serai inoubliable.

Merci à tous ceux et celles avec qui j’ai eu la chance de travailler de m’avoir autant apporté, ç’a été du tonnerre.

Longue vie à l’escadron 424.

Notes de bas de page    (↵ returns to text)

  1. Blague à l’interne à l’effet que je commentais souvent sur mon espérance d’obtenir un RAP — Rapport d’appréciation du rendement apte à me donner la chance d’un jour atteindre le poste de Chef d’état-major — CEM qui a toute fin pratique, est et demeurera à jamais un poste occupé par un membre de la force régulière alors que j’étais membre de la force de réserve depuis 1998.

© 2014, Jacques Dufort. Tous droits réservés.

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