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Mar 07

Le marathon funèbre de 100 heures, ou l’importance d’avoir une ébauche d’éloge funèbre

Comme certains d’entre vous le savent déjà, mon père est décédé le 22 février 2011 en début de journée. Et à partir du moment où l’on m’en a averti jusqu’au moment de la réception qui a suivi la cérémonie religieuse lors des funérailles, il ne s’est passé que 100 heures. À première vue, ça peut paraître beaucoup, mais maintenant que j’ai eu à le vivre, je peux vous dire que c’est très peu lorsque l’on considère tout ce qu’il y a à faire et à penser et surtout lorsque, comme c’était le cas pour moi, il n’existe aucun pré-arrangement.  Pour mieux illustrer mon point, voici les grandes lignes de mon emploi du temps durant ces 100 heures:

  • 12 heures de voyagement entre mon domicile et Montréal et qui inclus aussi le temps consacré à me rendre au domicile de ma sœur, puis celui de ma mère, afin de leurs annoncer la triste nouvelle,
  • 12 heures continues d’arrangements funèbres (salon funéraire, fleuristes, traiteur, visite au domicile de mon père, etc.)
  • 4 heures de téléphones afin d’aviser tout l’entourage de mes parents
  • 13 heures à la clinique médicale puis à l’urgence d’un hôpital pour y faire soigner ma mère suite à un début de phlébite qui s’est manifesté quelques heures avant qu’elle apprenne le décès de son mari (définitivement pas prévu à l’horaire celle-là). C’est d’ailleurs durant l’attente à l’urgence de l’hôpital que ma femme et moi avons du créer le montage vidéo « PowerPoint » que nous avons présenté lors des funérailles,
  • 22 heures de sommeil en quatre nuits,
  • 17 heures associées aux visites au complexe funéraire ainsi qu’aux funérailles proprement dites
  • 17 heures de tâches diverses (hygiène, repas, tâches administratives connexes)
  • 3 heures pour retravailler l’éloge funèbre.

Pourquoi est-ce que je vous dis tout cela? Pour vous démontrer les biens faits de l’approche que je prône depuis quelques années déjà, soit celle de commencer à rédiger l’éloge funèbre des gens qui m’étaient chers de leur vivant. Ainsi, lors du décès d’un de mes oncles, mon cousin a livré un éloge poignant, bien senti, étoffé, au point que ça m’a quelque peu effrayé, car je me suis dit « Comment pourrais-je être aussi éloquent lorsque l’un ou l’autre de mes parents décédera ? » C’est donc lui qui, sans qu’il le sache, m’a inspiré à m’y mettre et ainsi commencer la rédaction de l’éloge funèbre de mes parents afin que, le moment venu, je ne sois pas dépourvu et qu’ainsi l’éloge puisse être à la hauteur de l’appréciation que j’avais pour eux de la même façon que celle livrée par mon cousin le fût. Pour certains cela peut paraître macabre, mais laisser moi vous faire part de tout le bon qui en a découle avant de vous prononcé, car j’ai découvert qu’outre la satisfaction d’être prêt pour le moment fatidique, cette dernière approche m’a apporté des bénéfices relationnels insoupçonnés jusqu’à là.

Tout d’abord, de pouvoir rédiger l’éloge funèbre sur une plus longue période de temps permet de bien cerner la personne sur laquelle ont écrit, de trouver les mots justes et les bonnes tournures de phrases, afin que le tout soit cohérent, significatif, senti, etc.… Pour qui a déjà eu à écrire des textes, vous saurez appréciez l’insatisfaction que l’on peut éprouver face à une première ébauche et le désir continu qui amène à constamment vouloir retravailler les textes pour être sûr qu’ils traduisent bien notre pensée.

De plus, cet exercice nous permet de nous rapprocher des êtres qui nous sont chers alors qu’ils sont encore vivants. C’est ainsi que j’ai pu me rapprocher de mon père avec qui j’ai souvent eu une relation difficile, car de trouver de bons mots à dire à son sujet m’a permis de voir au-delà des choses que je lui reprochais afin de mieux apprécier l’homme qu’il était. Mon père était un homme quelque peu contrôlant entre autres, mais j’ai réussi à mieux accepter ce trait de sa personnalité suite à cet exercice, car j’ai compris qu’il l’était par excès d’amour et donc par désir de nous éviter toutes embûches, rien de plus. Ça m’a donc rendu plus conciliant et plus appréciatif de tout ce qu’il a fait pour moi. À ce jour, je demeure toujours en désaccord avec la façon qu’il avait de faire en ce domaine et je considère même que son attitude envers ma mère lui porta préjudice, en dernier surtout. Toutefois je reconnais que c’était sa façon à lui de nous montrer son grand amour. Que voulez-vous?

En résumé donc, que vous vouliez vous mettre à l’écriture des éloges funèbres que vous auriez un jour à livrer ou non ne regarde que vous. Rappelez-vous toutefois, que d’entamé la rédaction de l’éloge des êtres qui vous sont chers peux vous amener à les voir sous un autre jour, à les apprécier pleinement. Peut-être que cet exercice vous apportera des moments heureux insoupçonnés en plus d’embellir vos relations, qu’elles soient tumultueuses ou non.

Enfin, parce que je suis fier de ce que mon père a accompli sur terre, de ce qu’il m’a transmis, et pour ceux que ça intéresserait, il me fait plaisir de partager avec vous l’éloge funèbre que je lui ai livré lors de la cérémonie du 26 février dernier. Vous la trouverez au lien suivant :

Quoi qu’il en soit, n’attendez donc toutefois pas de livrer l’éloge funèbre d’un être cher pour lui témoigner votre amour, car il ne vous entendra pas. Dite-lui aujourd’hui et à chaque jour.

P.-S. Si ça vous intéresse, voici le lien vers le fichier contenant l’image du signet commémoratif de mon père.

© 2011 – 2016, Jacques Dufort. Tous droits réservés.

(10 commentaires)

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  1. Brigide Lortie

    Merci cher Jacques de partager ceci avec nous. J’avoue que j’ai versé quelques larmes en lisant ceci (incluant ton éloge funèbre).

    Je n’avais jamais pensé à me préparer à l’avance pour la journée du grand départ. Tu m’as vraiment fait réfléchir en lisant ceci. Je ne verrai plus cela du même oeil. Je pense que je commencerai à mettre quelques idées de côté.

    Bon courage! Je suis certaine que ton père veille encore sur vous d’où il est.

    1. Jacques Dufort

      Brigide, si mon désir de communiquer mes pensées qu’en à l’éloge funèbre t’as plu, tu m’en vois ravis, car mon but n’était pas d’attrister les gens, mais bien de le voir comme un beau moment où l’on y privilégie le témoignage de notre amour envers quelqu’un. C’est d’ailleurs pourquoi je ne vois pas en quoi être nostalgique peut apporter quoi que ce soit de bon. J’aime donc mieux célébrer la vie de quelqu’un que d’en être nostalgique. C’est d’ailleurs cette approche qui m’a permis de publier quelque chose d’aussi personnel malgré le fait que les funérailles n’ai eu lieu que tout récemment, et ce en toute sérénité. Enfin, merci de t’être donné la peine de commenter mon article. Ça donne vie à mon blogue et valide donc tous les efforts que j’y mets.

  2. Robert C

    Jacques

    J’ai entendu la triste nouvelle de la perte de ton père. Chantale et moi t’offrons nos sympathie les plus s’incère.

    1. Jacques Dufort

      Merci à vous deux pour vos sympathies. Et un gros merci pour tout ce que vous faites pour assurer la pérennité de l’organisme que j’ai fondé. Votre dévouement est remarquable et très apprécié par la communauté. C’est ainsi qu’à le savoir en aussi bonne main, j’ai pu quitté Franco-Phare il y a deux ans et demi déjà ce qui m’a permis de mieux m’occuper de ma famille (mon père maintenant décédé, ma mère qui vieillit trop vite et ma sœur qui est handicapé) alors que leur situations respective commençaient à nécessité une plus grande implication de ma part. Enfin, merci de me lire. Ça me fait chaud au cœur.

  3. Eugénie

    Cher Jacques, ton eulogie était très touchante, mais tout de même, je ne comprend pas pourquoi vous voulez déjà commencer. Je vous trouve encore un peu étranges, mais c’est parce que je sais que j’ai encore beaucoup de temps devant moi et le fait de penser à cela parait étrange dans la tête d’une fille de presque 14 ans. Merci pour ton commentaire. Mes sympathies, Eugénie.

    1. Jacques Dufort

      Merci Eugénie, même si tu as beaucoup de temps devant toi, rien ne t’empêche de prendre le temps de réfléchir pour mieux apprécier le positif que les gens qui font partie de ta vie t’apportent. Ainsi, sans nécessairement commencer à rédiger l’éloge à tes parents par exemple, il en reste pas moins que de faire l’exercice périodiquement de réfléchir à ce qu’ils représentent pour toi peut t’amener à apprécier pleinement leur importance dans ta vie. C’est aussi vrai pour quiconque a un impact sur ta vie, qu’il soit des membres de ta famille ou non. Alors, je te souhaite de bonnes réflexions.

  4. Lysanne BÉDARD

    Apprécier nos êtres chers de leur vivant et leur dire de leur vivant, c’est vraiment la clé. Mais les circonstances qui entourent la mort d’un être cher sont des facteurs qui peuvent modifier l’urgence de faire une éloge funèbre ou de célébrer leur vie. L’éloge n’est pas un baromètre de l’appréciation d’une personne, de sa valeur ou de la différence qu’elle a su faire dans ce monde…
    Comme tu le sais, René a perdu son père en juillet dernier. Quand il a été question de lui écrire un témoignage, René s’est fait conseiller de ne pas rendre écrire un texte trop triste. Heu, pardon?
    Qu’est-ce que c’est que cette façon aseptisée de gérer les émotions qui nous habitent lors de la perte d’un être cher? L’écriture en soi est un moyen superbe pour véhiculer nos émotions et le tout peut se faire sans tomber dans le mélodrame. Verser des larmes est tout à fait approprié lors d’un deuil. Tomber dans l’hystérie n’a pas sa place mais ressentir de la tristesse et l’exprimer par les larmes c’est tout à fait sain! Inclure des témoignanges courts de personnes qui ont cheminé avec le défunt dans diverses étapes de sa vie peut même apporter des sourires par le rappel d’anecdotes et non de la nostalgie.
    Quoiqu’il en soit, j’aime penser que l’essence-même de ce que nous sommes et avons accompli reste après la mort et que ces petites parcelles de soi sont ravivées chaque fois que quelqu’un pense à nous ou parle de nous. Au lieu d’éviter de parler de lui lors des réunions de famille, le  » te rappelles-tu quand ….  » est de mise à petite dose. Papi ne devient pas un sujet de discussion en soi mais il nous fait parfois plutôt un clin d’oeil de ce qu’il a partagé avec les membres de sa famille.
    Pour ce qui est d’écrire un texte avant la mort d’une personne chère…quand est-ce que l’on s’y met???? Je pourrais crever demain matin et mes enfants et mon mari devraient déjà avoir une ébauche?? euh morbide, tu ne trouves pas? Mes parents devraient techniquement décéder avant moi mais si je suis partie avant eux, est-ce que ce que j’aurais écrit pour eux devrait être lu tout de même???
    Je ne suis pas assez importante pour mériter une éloge funèbre écrite et révisée moultes fois. Mais de grâce, soyez sincères quand vous aurez à parler de ce que j’ai apporté dans vos vies pour soulager le chagrin que ressentira ma famille.

    1. Jacques Dufort

      Lysanne, mille mercis pour ton témoignage. Tes observations sont très à propos et mon fait réfléchir. Ainsi, je suis d’accord avec toi que: « l’éloge n’est pas un baromètre de l’appréciation d’une personne, de sa valeur ou de la différence qu’elle a su faire dans ce monde… ». Comment pourrait-on lors d’un témoignage de seulement quelques minutes lui rendre réellement justice…mission impossible. Je suis donc d’accord avec toi qu’il importe encore plus de démontrer notre appréciation à tout être cher de leur vivant et au quotidien par surcroit, bien plus que de leur écrire un bel éloge funèbre. Toutefois, se donner la peine de griffonner certaines pensées et observations que l’on saurait avoir envers quelqu’un tout au long de sa vie peut aider à l’apprécier pleinement. Par exemple, durant l’exercice auquel je me suis livré lors de la rédaction de l’ébauche de l’éloge de mes parents, j’ai réussi à mieux apprécier mon père pour qui j’avais moins d’affection puisqu’ayant toujours été plus près de ma mère. Ça m’a donc permis de mieux le comprendre et de mieux l’apprécier alors que je lui ai découvert les qualités de ce que je considérais ces défauts. C’est d’ailleurs ce que j’ai tenté d’illustrer lors de son éloge par la phrase : « Chemin faisant, son grand amour l’a peut-être rendu surprotecteur et même quelquefois contrôlant alors qu’il tentait de nous éviter toutes embuches, toutefois peut-on lui reprocher d’aimer autant? » Considérant donc le bénéfice que m’a apporté la rédaction de l’ébauche d’éloge à mon père, c’est ainsi que, quant à ta question : « Pour ce qui est d’écrire un texte avant la mort d’une personne chère…quand est-ce que l’on s’y met???? Je pourrais crever demain matin et mes enfants et mon mari devraient déjà avoir une ébauche?? euh morbide, tu ne trouves pas? Mes parents devraient techniquement décéder avant moi mais si je suis partie avant eux, est-ce que ce que j’aurais écrit pour eux devrait être lu tout de même??? », je ne trouve pas cela morbide du tout. Rien ne dicte que la rédaction d’une ébauche se veuille être un texte sur lequel quelqu’un doive chômer des années durant en attente de la mort de l’être cher. Au contraire, je ne le vois plutôt que comme une prise de conscience de l’importance des gens que nous côtoyons. À cet égard donc, sans faire la rédaction formelle d’un texte, on devrait tout de même selon moi se donner la peine de prendre le temps de griffonner quelques notes afin, qu’à tout le moins, il nous soit possible de mieux démontrer, verbaliser notre appréciation de l’autre, autant envers des êtres plus âgés qu’envers nos enfants. Encore une fois, merci de t’être donné la peine de commenter d’aussi belle façon. Au plaisir de te relire à d’autres occasions. Amitié, Jacques.

  5. Stéphane Bessette

    Ont ne sait jamais ce qui nous attends après le tournant, ce peut-être un moment triste mais il peut ci trouvez aussi un moment magique………ce que l’avenir réserve et un éternel mystère……mes condoléances Jacques

    Stéphane R. Bessette

    1. Jacques Dufort

      Stéphane, comme tu peux te l’imaginer, les derniers mois ont été éprouvants (vider l’appartement de mon père le 30 avril, son enterrement le 9 juillet dernier, sans parler de la succession qui n’est pas réglée en plus de m’occuper de ma mère et de ma sœur à Montréal. Et ce, sans compter les besoins de ma petite famille à moi. Une chance qu’ils m’ont supporté tout au long de cette période. Je te remercie donc de m’offrir tes sympathies. Ça m’a fait du bien de partager ces moments personnels sur mon blogue, mais ça m’a fait encore plus de bien de savoir que d’autres comme toi ont su me lire. À plus tard.
      JD

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